De l’articulation entre les mesures d’instruction in futurum prévues par l’article 145 du Code de procédure civile et la protection du secret des affaires
Publié le :
24/09/2026
24
septembre
sept.
09
2026
Co-auteurs : Savine DEMARQUETTE-MARCHAT et Nikita POURRET
L’article 145 du code de procédure civile permet à une partie, avant tout procès, de demander au juge la communication de documents détenus par son adversaire afin de conserver ou d’établir une preuve. Pour être accordée, la demande doit reposer sur un motif légitime et porter sur des mesures légalement admissibles.
La décision qui accorde de telles mesures peut être revêtue de l’exécution provisoire, ce qui signifie qu’elle peut être appliquée sans attendre qu’un éventuel appel soit jugé.
Dans une ordonnance du 14 août 2026 (Ordonnance, Cour d’appel de Paris, pôle 1 – ch. 5, 14 aôut 2026, RG n°26/11953), la Cour d’appel de Paris a rappelé que lorsqu’une demande de communication de pièces est susceptible de porter atteinte au secret des affaires, la décision qui l’autorise ne peut en principe pas bénéficier de l’exécution provisoire.
Les faits :
Le Tribunal des activités économiques de Paris avait ordonné la communication de documents sur le fondement de l’article 145 CPC et assorti sa décision de l’exécution provisoire. Les sociétés concernées ont fait appel et demandé la suspension de cette exécution provisoire. Elles invoquaient notamment l’article R.153-8 du Code de commerce, qui prévoit qu’en matière de secret des affaires, le recours contre une décision ordonnant la communication de pièces est suspensif et que l’exécution provisoire ne peut être ordonnée.
La décision de la Cour d’appel :
La Cour a relevé que les défenderesses avaient déjà invoqué devant le premier juge une atteinte potentielle au secret des affaires. Or, ce moyen n’avait pas été examiné.
Elle rappelle que l’arrêt de l’exécution provisoire suppose :
- L’existence d’un moyen sérieux d’annulation ou de réformation de la décision ;
- Le risque de conséquences manifestement excessives.
- Il existe un moyen sérieux d’infirmation, puisque la décision a été assortie à tort de l’exécution provisoire malgré l’invocation du secret des affaires ;
- Les conséquences de la communication des documents sont irréversibles : une fois les informations divulguées, le préjudice lié à la perte de confidentialité ne peut être réparé, ce qui constitue une conséquence manifestement excessive.
Cette décision renforce la protection du secret des affaires en limitant l’efficacité immédiate des mesures d’instruction in futurum. Dès lors qu’un débat sérieux existe sur la confidentialité des informations demandées, l’exécution provisoire peut être écartée, ce qui ralentit l’accès aux preuves recherchées mais évite une divulgation irréversible de données sensibles.
Fort de son expertise, le Cabinet Pivoine Avocats vous conseille et vous accompagne en matière de contentieux commercial.
Pour plus d’informations ou pour prendre rendez-vous, contactez-nous.
Historique
-
De l’articulation entre les mesures d’instruction in futurum prévues par l’article 145 du Code de procédure civile et la protection du secret des affaires
Publié le : 24/09/2026 24 septembre sept. 09 2026Contentieux des affairesCo-auteurs : Savine DEMARQUETTE-MARCHAT et Nikita POURRET L’article 145 du code de procédure civile permet à une partie, avant tout procès, de demander au juge la communication de documents détenus par son adversaire afin de conserver ou d’établir une preuve. Pour être accordée, la deman...
-
CONCURRENCE DELOYALE PAR UN ANCIEN SALARIE : OBLIGATION DE VIGILANCE ACCRUE MISE A LA CHARGE DU NOUVEL EMPLOYEUR
Publié le : 17/09/2026 17 septembre sept. 09 2026Contentieux des affairesCo-auteurs : Muriel BOURLIOUX et Morgane KERMOYAN Com. 2 septembre 2026, n°25-12.718 Bien que la liberté du commerce et de l’industrie soit juridiquement reconnue, toutes les formes de concurrence ne sont pas admises. Véritable création prétorienne, la concurrence déloyale, est un...
-
La Cour de cassation précise les limites de la notion de créancier apparent en cas de fraude
Publié le : 03/09/2026 03 septembre sept. 09 2026Contentieux des affairesCo-auteurs : Benjamin OUTTERYCK et Laura MARILLIER Par un arrêt du 17 juin 2026 (Cass. com., n° 24-13.306), la chambre commerciale de la Cour de cassation apporte une précision importante quant à la portée de l'article 1342-3 du Code civil relatif au paiement effectué entre les mains d'u...
- banniere_pivoine-6a6733db9133c-6abb622736406.webp
- adobestock_569634985-6abb627b854d2.jpeg
- adobestock_569634985-6abb62c2128a1.jpeg
-
La caractérisation du vice de violence, au sens de l’article 1143 du Code civil, n’implique pas la démonstration d’actes positifs de menace ou de pression. Civ. 3ème, 4 juin 2026, n°24-15.070
Publié le : 27/07/2026 27 juillet juil. 07 2026Contentieux des affairesResponsabilité contractuelle - Conflits commerciauxDans cette affaire, des époux et l’EARL leur appartenant ont consenti un bail rural au profit de l’un de leurs fils. En contrepartie de ce bail, le fils versait un loyer particulièrement faible au regard de la valeur des biens loués. Peu de temps après la conclusion du bail, les parents...
-
Mesures d’instruction in futurum : focus sur la conciliation entre droit à la preuve, principe du contradictoire et vie privée du salarié
Publié le : 21/05/2026 21 mai mai 05 2026Contentieux des affairesCass. 2e civile, 16 avril 2026, n°23-12.123 L’article 145 du Code de procédure civile permet de demander au juge notamment sur requête, et donc de façon non contradictoire, que soient ordonnées des mesures d’instructions avant tout procès, lorsqu’il existe un motif légitime à conservation ou...
-
L’ADOPTION DE LA LOI VISANT À L’INSTAURATION D’UNE PROCÉDURE SIMPLIFIÉE DE RECOUVREMENT DES CRÉANCES COMMERCIALES INCONTESTÉES (LOI N° 2026-307 DU 23 AVRIL 2026)
Publié le : 13/05/2026 13 mai mai 05 2026Contentieux des affairesCo-auteurs : Pauline BARDON et Juliette LA MARCA Dans un objectif affirmé de désengorgement des juridictions, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté la loi n° 2026-307 du 23 avril 2026, ayant pour objet de créer une nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commercia...





